COSMOS Iconologie

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Route qui part à l'infini

 

 

 

Bien calé dans le TGV pour quatre heures à reculons. Savoir qu'on s'éloigne, pas d'yeux dans le dos, peu d'attrait pour la fenêtre où le monde passe dans le mauvais sens. C'est le plafond du wagon ses doubles tablettes rectilignes au néon qui dessinent irréfutablement la perspective. Roule devant roule derrière, le futur est quelque part au loin un aminci lieu de rencontre entre deux rails luisants qui traversent les fantaisies du monde, c'est ça ta vie c'est ça ta destinée. Je sais que derrière mon dos ma veste et mon dossier SNCF deux rails toujours équidistants se frôlent à l'infini peut-être à Montpellier.

 

 

 

J'ai vu des milliers d'annonciations peintes, ange à gauche vierge à droite, entre eux un espace vide, occupé par les lignes convergentes d'un carrelage, ce sont mes rails, c'est la fuite perspective, entre les deux êtres qui perpètrent en paroles muettes l'évènement prodigieux, la rencontre du divin et de l'humain : entre eux un vide, un fossé. La plupart des peintres au bout ferment l'espace, closent par un mur, précisent que le verrou est tiré. Hortus conclusus, Marie comme jardin fermé, horrible image de la virginité. sept peintres seulement n'ont pas eu peur de prolonger la verticale perspective par une ouverture, et dans cette ouverture un chemin part dans une vague campagne, le plus souvent sinueux.

 

L'ange à gauche debout, ayant lustré ses ailes comme deux tranches d'arc-en-ciel, un pied nu en avant, belles mains croisées sur la poitrine, Marie debout à droite lui fait face, debout ou agenouillée, les mains croisées de même, ses yeux ont tendance à se couvrir de paupières car elle n'a rien à voir, que d'intérieur. S'il se dit des mots entre ces êtres ravissants, cela ne peut être vu de personne. Entre les pieds de l'être volant et le sein de la vierge gravide, depuis moi s'en va une allée comme deux rails, puis un mince sentier qui erre dans une campagne court vêtue, on n'en voit pas le bout, l'ange ni l'annoncée ne la voient : c'est sa destinée.

 

 

Après coup seulement, dans un discours funèbre, on réinvente la destinée d'un défunt, que nul ange n'était venu lui annoncer. Quand tu fais le premier pas, on ne voit pas même le début d'un chemin, celui qui s'enfuit du jardin clos n'indique pas où il s'en va. Ils étaient douze ou cent-soixante disciples orphelins, qui la nommaient la mère du seigneur, et quand ce fut son tour de faire la morte et s'envoler, il a fallu qu'on dise au vrai sa destinée. Les sages convoqués entretissèrent l'idée de vierge avec l'idée de mère, génitrice d'un enfant saint et mort, puis y tressèrent le fil d'or de déesse et de reine.

 

 

J'aime vos rails polis qui jamais ne s'écartent ne se rapprochent qu'en illusion optique, occupations d'humains. Vous êtes seulement dessin de destinée par un dieu ingénieur. J'aime vous voir, ô voies qui êtes la vie simplement possible, qu'on envisage au moins comme un long pas de deux.

 

 

 

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12/09/2017
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