COSMOS Iconologie

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Conte du nouveau jour

 

Ça ne pourrait plus durer bien longtemps, ce patient silence et le piétinement quotidien des rues et des tâches. Et lui, il ne pourra se faire attendre encore, celui qui de sa clé ouvrira le nouveau jour. Jamais il n'envoie de messager pour dire que le dernier délai sera court, on attend toujours le héraut qui criera le voici il est en marche.

 

Après tout, pourquoi l'un d'entre eux n'aurait-il pas le pouvoir d'ouvrir le jour nouveau ? Pourquoi en s'y mettant tous ne trouveraient-ils pas son nom, le lieu où il se confine ? Est- ce un ermite, est-ce un savant planqué sous des remparts de livres ? Un prince trop accoutumé à suivre et imposer son bon plaisir ?

 

On pensa ensuite il y a parmi nous beaucoup de forgerons de serruriers. A force de marteler toutes les clés possibles ils trouveront forcément un jour la clé qui ouvre le jour nouveau.  Aussitôt les demeures et les champs, les langues les amours, transformés, dans une aurore encore brumeuse les trouveraient étonnés, pleins de désirs aux contours indécis, et puis un peu plus tard chacun murmurerait : je tiens la reine !

 

Ils la trouvèrent. Ce fut un grand laps de vacance. On vivait sur les réserves, on cueillait des carottes sauvages et des bananes plantains. Personne n'avait d'attrait pour les activités connues. Les portes et les façades s'annulaient mutuellement. La brise du temps patiemment use les bas-reliefs et les inscriptions gravées dans la pierre. Le savoir se perd.

 

Alors les enfants, jamais désoeuvrés, se mirent à agencer des pierres et bâtirent un escalier, qui soudain par nécessité ou par caprice fit un palier, obliqua, se contourna, mais il conduisait à l'air libre et ne monta pas plus haut. Pourquoi trente marches auraient­-elles dû mener à l'étage d'une habitation ? Les enfants se plaisaient à rester assis sur les belles marches, côte à côte ou l'un dessous l'autre. Avoir le ciel si près de leurs têtes était assez réconfortant. L'exercice de grimper le bref escalier en tâchant d'arriver le premier sur le plus haut degré offrait chaque jour assez de variations, les enfants ne connurent pas l'ennui.

 

Assis à distance sur l'herbe redevenue sauvage, les adultes regardaient, passifs, ne tirant aucune conclusion. Le temps nouveau était né depuis longtemps déjà, on ne comptait plus les journées les heures, les plantes et les bêtes. On ne savait pas même parmi les humains lesquels commençaient à faner, fléchissaient, s'abolissaient. Mille fleurs inconnues avaient pris possession des lieux herbeux, pelouses ou pacages, tombés en désuétude.

 

Les enfants devenus assez nombreux surent qu'ils étaient un groupe, une communauté, un peuple. Ils se souvinrent d'antiques organisations, de coutumes et de lois, mais trop lointaines, trop floues; elles devinrent une légende, des mythes purement décoratifs. On en fit des sujets de danse, les fêtes naquirent. La mer proche et les lacs leur firent redécouvrir le rassemblement exaltant de la pêche collective.

 

Celui qui avait gardé cinq pains et deux poissons convoqua l'assemblée sur la montagne et dans le brouhaha exhiba son dérisoire casse-croûte. Alors chacun, souriant à part soi, déballa son en-cas personnel, tous reçurent à manger, on emporta de pleins paniers de pains et de poissons. Ce jour-là devint un jour fondateur, on lui donna le nom de Multiplication des pains.

 

 

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26/09/2016
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