Richesses du XV° siècle : Gossaert
Une Madone à l'Enfant de Gossaert
Le problème de la figuration des Invisibles a été en grande partie résolu par la multiplication des Madones à l'enfant. Ces images sont des objets de dévotion. On ne sait pas à quoi ressemblait Marie de Nazareth, et son portrait idéal s'est constitué par ajouts successifs, les images et les cultes constituant peu à peu le portrait robot de cette divinité. On s'est complu à la faire très belle, et chaste etc. Le type de beauté varie selon les régions et les âges. Ici, un peintre du nord a adopté la chevelure blond vénitien... Marie, généralement, est tête nue. Le voile ne viendra que plus tard, et surtout dans les apparitions !
Voici une très jolie maman avec un bébé, sevré mais bien chéri. Pour embrasser maman, il piétine sans vergogne le livre sacré qu'elle était en train de lire et de méditer.
C'est signé de Gossaert (alias Mabuse) , Flamand du XV° siècle.

L'ovale du visage presque inexpressif tellement il est replet de bonheur est merveilleux. Le sein de jolie constitution dévoilé sans offenser la piété est ravissant. La main aux fins doigts qui essaie de garder la page pendant que le grand bébé piétine, mêle grâcieusement ses courbes à celles des trois feuillets. Dans le petit chaos des plis du tissu et des pages froissées, la maman et l'enfant établissent une paix solide. La chair du bébé est robuste, il effleure de ses lèvres la joue douce. Personne n'est pressé. Il a suffisamment tété, peut-être est-il sevré et le sein sorti n'était qu'un luxe.
Ce qui pourrait être une scène immobile est situé devant une sorte d'abside pleine de colonnes, comme s'il s'agissait d'une statue dans sa niche, une statue couleur de chair, qui aurait pris vie. Ou faut-il dire à l'inverse que cette scène si vivante donne une idée profonde de la paix intérieure, et mérite par là d'être offerte à notre contemplation avec l'éternité des statues.
Un Psaume disait pour exprimer l'ataraxie du sage et du pieux : "Comme un enfant sevré sur le sein de sa mère,Comme un enfant sevré mon âme se tient en moi".

Commentaires