Poèmes en vers
le bonheur est assis sur un banc
être désoccupé ce serait être libre ?
mais déserté par Dieu c'est difficile à vivre
j'ai suspendu la foi : un remède ennemi
suspendait mes douleurs aux quatre coins du lit
l'espérance et la foi supposent un futur
pour le temps qui me reste aimer est le plus sûr
j'ai gaspillé les mots chez des psychanalystes
mais le Nom que j'ignore est dernier de la liste
je vivais hors de moi Elle était nécessaire
puis j'ai pleuré trois ans d'être célibataire
la passion n'est plus je pensais en crever
puis j'ai su qu'avec tous on pouvait se parler
à quinze ou soixante ans les filles me sourient toutes
cette forme d'amour évapore le doute
un bonheur d'autrefois dilate ma poitrine
la volonté à qui je me livre est divine
il n'y eut pas d'enfant meilleur que je ne fus
je l'adore en moi-même il n'était pas perdu
au ravin si tu veux ma bourse je balance
je sais la vraie Byzance au fond c'était l'enfance
le banc les buis devant le palais du commerce
le bruit du trolleybus et la brise me bercent
c'est bien bon d'être seul et d'avoir tout son temps
de compter sur soi-même et d'être sa maman
dans mon être la joie a fait sa place nette
je laisse à mes enfants le soin de la planète
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partir en Mai
l'anémone et l'octosyllabe
signalent et saluent le Mai
bientôt sans bruit je partirai
ni sextant boussole astrolabe
coquille ronde et si légère
un petit flot viendra sous toi
il te fera danser tout bas
en espérant gagner la mer
que feras si l'on te déloge
surnuméraire et bonne à rien ?
le clapotis est mon seul bien
et j'ai perdu ma vieille toge
jamais plus je n'aurai de voile
que deux maigres bras étendus
mais nous ne chavirerons plus
je couche à bord sous les étoiles
__________________Herr ! ô Herr !
monsieur je voudrais bien que vous soyez mon père
je serais assuré j'aurais du temps à vivre
vous seriez dans les cieux moi toujours sur la terre
suspendu à vos doigts par un fil invisible
placé si haut avec une vue sans limite
vous pourriez aussi bien être père de tous
chacun vous confierait le trésor qui l'habite
et se sachant aimé nul ne serait jaloux
vous n'auriez rien de plus à faire que vous faites
quand vous n'existez pas c'est à dire être un nom
vous seriez tout puissant car nous vous ferions fête
(pour aller vérifier il faudrait l'ascension)
infiniment muet n'écrivant aucun livre
regardant le cosmos avec un télescope
vous feriez des gros plans une feuille du givre
un couple en pleine ardeur un cheval qui galope
trop orphelin vraiment je voudrais dans l'espace
un père fabuleux qui fasse des mystères
cultivant la sagesse et masquant bien sa face
pour la mère j'ai tout ce qu'il faut c'est la Terre
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là où est ton trésor, là aussi sera ton coeur
le cœur où je reviens est le chœur d'une église
que j'atteins par le fond au bout d'un corridor
ou tout d'un coup béant quand j'entre par méprise
l'espace en est trop vaste et personne n'en sort
au loin dans un carré gesticule un lévite
j'erre hésitant savoir si ma place est encore
parmi leurs pauvres chants dont je m'ennuie bien vite
des colonnes des cierges des calices d'or
depuis le porche ouvert à demi sur le monde
des égarés ne cherchent même plus le nord
entrent sortent leurs pas muets sous la rotonde
la plupart comme moi évitent le dehors
matrice distendue ayant perdu ses eaux
où nul nageur divin n'ouvre plus ses bras libres
outre pétrifiée où les vents sont forclos
énergie abolie dans l'état d'équilibre
tant de nuits m'ont pourtant ramené à ce chœur
où traînent les débris des lointaines promesses
et l'orgue où je montai n'avait plus de moteur
j'y tonitruai faux avant qu'on vienne à messe
plus désertés de dieu que l'herbe sous la neige
j'y reviens fête ou non comme à d'anciens amis
quelque icône voûtée n'est pas la sainte vierge
la nef ne sera rien qu'un tombeau ou un lit

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