La Chute des Anges rebelles

La Chute des anges rebelles

Il y eut, chez les Hébreux et d'autres peuples d'orient, toute une construction imaginaire sur les anges. On appelle cela l'angélologie. Il paraissait très important d'imaginer, entre le dieu inaccessible et le hommes, des intermédiaires. Angelos en grec signifie messager. On multipliait à l'infini l'unique Hermès, fils de Zeus. Mais ils n'intervenaient pas forcément dans les affaires humaines. Ils étaient. Ils formaient la Cour céleste d'un dieu imaginé d'abord comme roi suprême.

On fit des hiérarchies : archanges, trônes, dominations, anges gardiens... Certains avaient un prénom, et l'on cite Raphaël avec Tobit, Michaël terrassant le démon, Gabriel faisant l'Annonciation à Marie.

Le terrassement du démon impliquait qu'il y eût des anges du mal. C'était tout un groupe qui s'était révolté contre dieu le maître (il y avait des évènements dans l'éternité, donc du temps !)


La chute des anges révoltés plaça le monde terrestre entre deux pôles, efficients, actifs, le bien et le mal.


Il est intéressant de voir comment les peintres s'en tirèrent avec cette nouvelle histoire de chute, après celle de Phaéton, d'Icare, et même de Babel que la bible ne dit pas mais que la légende dit qu'elle fut foudroyée et dégringola -voir les Tarots.

Michelange

Grande prise au sérieux chez  certains classiques : la dégringolade des damnés dans le Jugement dernier de Michelange, une orgie de corps entremêlés dont la descente infinie est digne de La Fin de Satan de Victor Hugo...




Rubens

Plus tard, Rubens mettra toutes les ressources de l'art baroque (oblique, torsions, éclats de lumière dans un noir qui va tout dominer...pour réaliser une cascade monstrueuse de réprouvés.





L'archange Michel

Pour les peintres et pour le peuple, c'était une affaire si sérieuse que les bons anges, les fidèles, les lumineux, s'occupassent de précipiter les rebelles, comme ils poussaient les damnés chez Michelange; tandis que, à Saint Michel revenait le combat singulier et gazgné d'avance, pour écraser leur chef Satan.



Cette belle figuration du Flamand Gérard David, à la fin du XV° siècle, montre l'archange écrasant plusieurs diables. On voit déjà ce qu'ils sont devenus : des monstres noirs, cornus, avec des corps de divers animaux chimériques. Plus tard, on aura deux célèbres représentation, d'une grande classe artistique, celle de Raphaël Sanzio et celle, plus tard, de Guido Reni.





Ce très grand tableau dans l'église des Capucins à Rome, est compréhensible si on a lu dans les Chroniques italiennes de Stendhal "Les Cenci". Le pape avait horriblement supplicié la ravissante Béatrice Cenci, coupable d'avoir assassiné son père qui la tenait en esclavage et la violait. Guido a donné à Saint Michel les traits de Béatrice, et au démon ceux du pape. Béatrice, que le pape décida de condamner après une nuit de doute, ayant pris finalement le parti des mâles et des pères de famille, s'offrit un incompréhensible spectacle de supplice. La jeune fille, nue chevauchant un tréteau, fut pendue par son immense chevelure blonde, puis décapitée. Son jeune frère, complice, dut assister à ces horreurs proprement diaboliques, avant de finir ses jours dans les galères pontificales.

Mais l'affaire n'est pas forcément prise dans le style terrible, ou héroïque ; voici un tableau de Bruegel, où la difformité et les métamorphoses des anges rebelles sont plutôt rigolotes.Le coloris vif qui a été retrouvé après restauration, n'empêche pas le combat d'avoir lieu, ni les métamorphoses des anges déchus, qui ne pouvaient plus, d'une façon ou d'une autre, garder une jolie petite gueule d'ange bien blanc bien rose...




Un gros plan




Bruegel ici encore très boschien, retrouve le principe ovidien le plus constant dans les fameuses Métamorphoses : les humains ou humaines sont transformés le plus souvent en animaux.


Le Maître des Anges rebelles


On l'appelle ainsi faute de mieux, comme si c'était le seul tableau de lui que l'on connût.

Peintre italien (actif durant le deuxième quart du XIVe siècle). Il doit son nom à un panneau conservé au musée du Louvre et qui représente d'un côté la Chute des Anges rebelles et de l'autre Saint Martin partageant son manteau (le panneau est aujourd'hui dédoublé). On n'a pu attribuer avec certitude aucune autre œuvre à ce peintre remarquable, sans doute siennois et proche de Simone Martini et de Lippo Memmi. Dans les deux scènes, il fait preuve d'une rare audace dans la savante mise en place des personnages dans l'espace, rejoignant ainsi les Lorenzetti. Il n'est pas impossible qu'il ait fait partie de l'équipe d'artistes siennois entourant Simone Martini à Avignon autour de 1340. Son œuvre fut en tous cas connue plus tard dans les milieux du style gothique international en France : on trouve des échos de la Chute des Anges rebelles notamment dans les Très Riches Heures du duc de Berry des Limbourg (Chantilly, musée Condé).




Ce panneau est au Louvre.

Dans le fronton triangulaire du panneau, une salle en profondeur  perspective (soutenue par un bandeau à peine arqué qui semble courber l'espace et le rendre perspectif), on voit face à face deux rangées de stalles, typique des représentations de la Cour céleste. Celle de gauche est pleine de saints assis, celle de droite est vide.

Les deux droites supérieures de la perspective, assez soulignées comme un V très ouvert, isolent la partie supérieure du fronton, laquelle est complètement « délocalisée ». A l'aide seulement de deux bandeaux d'or chamarrés qui terminent la pointe du fronton,  le peintre encadre un Jésus assis en Juge, sans trône, avec deux groupes de chérubins dont les ailes débordent sur le galon décoratif.

Au milieu, trois grands personnages qui ont les pieds dans l'arc bleu de séparation, et la tête dans l'or de l'espace divin. Ils sont groupés dos à dos, comme pour surveiller toutes les directions à la fois. Ils ne sont pas quatre comme les quatre horizons, mais trois comme si la Trinité les avait façonnés et délégués. Ce sont peut-être les Archanges exécuteurs.

Sous le bandeau bleu, un grand rectangle à fond d'or, donc lui aussi « délocalisé », chutent des anges noirs de toutes tailles, postures inclinaisons et gesticulations. Ils sont plats comme des ombres chinoises ; ils ne sont pas en 3D, ce ne sont pas de êtres de chair. Quatre anges volant parmi accélèrent les précipitations.


Détail d'un intérêt théologique colossal : le terme de la chute est le globe terrestre : c'est chez nous seuls que se trouvent les Diables ! On va les voir de plus près, ces malfaisants.




Frans Floris


Je dois ajouter un tableau tardif, d'un Flamand nommé Frans Floris,  dont parle Craigh Harbison dans son ouvrage "La Renaissance dans les pays du nord", chez Flammarion.




Panneau de plus de 3 mètres (comme celui de Guido), peint par le Flamand Frans Floris en 1554. Il est visible au musée d'Anvers.

Il laisse voir un arrière plan, contrairement à la mêlée de Rubens qui occupait tout le tabelau.

Le titre "Chute des anges rebelles" est fallacieux. En effet, tout le monde a la peau blanche et les précipités n'ont pas d'ailes: ce sont donc des hommes, et passablement musclés. La plastique doit évidemment à Michel Ange. Le Flamand, pour cette commande, était allé en Italie pour prendre un style romanisant.


Sous les épées et les lances de sept ou huit anges groupés en haut, et qui ont l'air serein, tous tombent, chevaux compris. D'autres ont affaire à des serpents, surtout celui qui, sous le cheval, a déjà une tête de Méduse. Peu à peu les têtes se défigurent, se diabolisent, et même celui qui, debout à droite, s'apprête à cogner pour se défendre, n'a plus figure humaine.


Voici le sens, selon notre auteur : c'est  l'une de ces oeuvres de propagande catholique lors de la Contre-Réforme. Floris ne s'baisse pas à dépeindre les chefs réformateurs parmi ceux que Saint Michel et ses cohortes mettent en fuite  (en effet, ils sont nus, dans la tenue des combattants mythologiques). Ce genre d'imagerie populaire n'est pas  nécessaire pour faire passer un message somme toute très simple : l'Eglise définit l'othodoxie religieuse, et les hérétiques rebelles subiront le même châtiment sommaire que les victimes de Saint Michel."


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Si on veut s'y retrouver dans mon désordre chronologique, sans tenir compte de la date de naissance du peintre :

1- Maître des Anges rebelles panneau peint à la fin du XIV° siècle;
2- Saint Michel de Gérard David : (1455-1523) à la fin du XV°, soit dans sa maturité;
3- Jugement dernier de Michelange (1660 m2) 1537-1541;
4- Floris, tableau peint en 1554;
5- Bruegel tableau de Bruxelles : 1562;
6- Rubens assez tard dans sa vie, sa Chute est de 1620;
7- Guido Reni, Saint Michel terrassant le pape :1636.



Article ajouté le 2009-12-21 , consulté 35 fois
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