COSMOS

autres vers

vers antiques

une source en bas du talus

si plate sur le cailloutis

il faut se courber pour l'entendre

 

elle est toujours pleine de mots

de mots cachés et qui adviennent

au bout de l'encre du stylo

 

je ne te prends pas pour moi-même

j'amplifie seulement ta voix

tu es la source d'Hippocrène

 

Pégase d'un sabot piaffant

la fit sourdre pour quel poème ?

un dieu le montait nez au vent

 

ils prenaient leur envol ensemble

le souffle des ailes puissantes

ne fait pas remuer les feuilles

 

mais au poète presque infirme

chez qui chante la source intime

il donne le vol de l'esprit


_________


veille

encore serait-ce le vent dans les arbres

ou deux fillettes à la même robe rose

 

de ma chambre où les volutes s'entassent

encore sortirait-il un djinn à mon service

 

des chaînons de la chaîne du temps

un pré en pente aux hautes marguerites blanches

 

les mains qui composaient les très grands dahlias

la chambre aux chrysanthèmes le petit salon en bois noir

 

encore viendrait chaque et chaque enfantine

je n'aurais en somme que ma veillée de veille

 

cueillir recueillir et différer le sommeil

cette journée muée en nuit peut être la dernière

 

s'il m'est donné encore un soir je voudrais y prier

mon double divin

 

ou si je meurs je voudrais m'y mirer

et cette pensée m'emplit le thorax de joie

 

celui à qui enfant je parlais dans les buis

miroir de ma candeur


celui qui parachève la noblesse de mon cœur

de ma bonté de mon âme artistique

mon savoir faire plaisir ma poésie mon rire

 

je ne suis pas pécheur il n'y a pas de juge

et rien à pardonner

 

un jour je bondirai vers mon contentement

cet enfant me l'assure qui renaît chaque hiver

je serai propulsé vers le miroir de flamme

je m'y aplatirai mes bras à sa mesure

mon baiser sur la bouche de moi éternel


_______________________


la vie regimbe

 

 

et voilà que la vie regimbe sous l'aiguillon

fait dire qu'elle ne veut plus relever le gant

 

le cor résonne dans les falaises et les gorges

Charlemagne là-bas ne sauvera plus Roland

 

le Passé puissant gouffre est un bon aspirateur

tire le vêtement de l'homme comme un trou noir

 

l'homme est valide encore d'une pied sur le socle

elle lui allonge l'autre démesurément

 

elle : tout ce qui reste à l'homme après tant d'usure

la Mémoire qui fait sans pitié son cinéma

 

l'image au lieu du vrai j'ai trop joué à ce jeu

mais la mémoire donne du perdu pour du présent

 

et le présent n'est plus rien d'autre que l'aiguillon

de mes douleurs lancinant un inutile défi

 

pourras-tu vivre encore ? il le faut tu le dois

ou tu vivras mort et ne t'en prendras qu'à toi


_____________________


 

Le seigneur reviendra

 

 

Savez-vous où ils ont emporté mon seigneur ?

Dehors un jardinier dit doucement   Marie

Elle s'avance hagarde et lui dit  Rabbouni !

Ne me touche pas, fille de Magdala

 

La soupe sur le rond de gaz bouillonne
bulles écume débordements
parfum léger de coriandre en feuille

mon coeur se nourrit de cette humble vie

le seigneur reviendra

 

Ne me touchez pas moi non plus
car de même semblablement un beau jour
ce sera le matin         

et je serai là

l'esprit frais le corps léger

 

J'irai vers toi dans la prairie
il me semble t'entendre chanter
mon premier matin à nouveau

 

J'irai vers toi enfant pur que je fus


____________________________


espérance

 

 

vous me recueillerez au fossé d'une route

deux feuilles d'acacia collées sur mes paupières

des herbes dans les poches; et de ses petits pieds

une souris légère aura couru sur mon visage

il sera venu une araignée plus fine encore

avec de très petits insectes pour me voir qui j'étais

 

vous n'en aurez rien su et vous m'emporterez

vous tendrez une dalle au dessus de mon lit

la pluie par les côtés s'infiltrera quand même

dans mon étroit vaisseau  la boue me tiédira

peut-être sentirai-je encore les vers lascifs

onduler sur ma peau qui déjà parchemine

 

la dalle obscure et ferme à la place du ciel

rassurera mon lot

on me croira rigide (j'ai perdu en souplesse déjà)

mais comme tout à l'heure dans le caniveau

je serai occupé à détendre et lâcher

soixante dix années de muscle et de vouloir

 

dans l'ombre opportune et l'air raréfié

je céderai mes images une par une

elles s'envoleront minces comme des âmes

et s'en iront vaguer dans l'air luminescent

 

tout ce thrésor brouillon que j'avais entassé

je le rendrai enfin, las de thésauriser

mon être pur sera distillé par les sucs

et le sens de ma vie sera la vie des morts

 

et vous respirerez un air plus chargé d'âme


______________________________________

 

 

un noël

         

mêlez d'eau les mélodies

enfants aux voix d'eaux vives

connivence des convives

 

crevette et salade

avant la balade

 

l'aïeul et sa panse

plein de bienveillance

 

sur son radeau l'enfant Ulysse

promène sa blonde malice

 

le jésus en cire

tette sur la paille

 

Marie s'affaire aux cuisines

écoutant radio divine

 

le chemin de la sainteté

commence à la Nativité


________________________________


 

container

variation sur un thème de Schumann

 

 

la cargaison

(nous parlions d'eau)

mauvais présage

j'aurais préféré

enfouir aux cales

l'outre de tous les vents

 

un vélo derrière l'habitacle

une corde à sécher mes slips

un livre quand le temps me dure

 

tout le reste est dans un cube de fer

j'ai mal choisi

c'est bourré comme un caveau de famille

mais Charon sûr du cubage

m'a désigné ce conteneur

vous comprenez : pas de restes

 

je sais, il le coulera

par mille brasses de fond

adieu ma vie entière

me voilà léger

inutile à ravir

 

ôte moi Charon ce volume obscène

que depuis ma péniche rien n'arrête ma vue

 

on sait par les journaux que le béton lui-même

n'est pas étanche aux déchets engloutis

par des trous de rouille ou de poisson-scie

ma vie s'enfuira en vermisseaux

méconnaissable inconnue des poissons

se dissipera dans l'énorme mer

 

tant pis les souvenirs

c'est pas fait pour garder


__________________

 

 

 

 

 

 


 



Article ajouté le 2009-07-02 , consulté 8 fois

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