autres vers
vers antiques
une source en bas du talus
si plate sur le cailloutis
il faut se courber pour l'entendre
elle est toujours pleine de mots
de mots cachés et qui adviennent
au bout de l'encre du stylo
je ne te prends pas pour moi-même
j'amplifie seulement ta voix
tu es la source d'Hippocrène
Pégase d'un sabot piaffant
la fit sourdre pour quel poème ?
un dieu le montait nez au vent
ils prenaient leur envol ensemble
le souffle des ailes puissantes
ne fait pas remuer les feuilles
mais au poète presque infirme
chez qui chante la source intime
il donne le vol de l'esprit
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veille
encore serait-ce le vent dans les arbres
ou deux fillettes à la même robe rose
de ma chambre où les volutes s'entassent
encore sortirait-il un djinn à mon service
des chaînons de la chaîne du temps
un pré en pente aux hautes marguerites blanches
les mains qui composaient les très grands dahlias
la chambre aux chrysanthèmes le petit salon en bois noir
encore viendrait chaque et chaque enfantine
je n'aurais en somme que ma veillée de veille
cueillir recueillir et différer le sommeil
cette journée muée en nuit peut être la dernière
s'il m'est donné encore un soir je voudrais y prier
mon double divin
ou si je meurs je voudrais m'y mirer
et cette pensée m'emplit le thorax de joie
celui à qui enfant je parlais dans les buis
miroir de ma candeur
celui qui parachève la noblesse de mon cœur
de ma bonté de mon âme artistique
mon savoir faire plaisir ma poésie mon rire
je ne suis pas pécheur il n'y a pas de juge
et rien à pardonner
un jour je bondirai vers mon contentement
cet enfant me l'assure qui renaît chaque hiver
je serai propulsé vers le miroir de flamme
je m'y aplatirai mes bras à sa mesure
mon baiser sur la bouche de moi éternel
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la vie regimbe
et voilà que la vie regimbe sous l'aiguillon
fait dire qu'elle ne veut plus relever le gant
le cor résonne dans les falaises et les gorges
Charlemagne là-bas ne sauvera plus Roland
le Passé puissant gouffre est un bon aspirateur
tire le vêtement de l'homme comme un trou noir
l'homme est valide encore d'une pied sur le socle
elle lui allonge l'autre démesurément
elle : tout ce qui reste à l'homme après tant d'usure
l'image au lieu du vrai j'ai trop joué à ce jeu
mais la mémoire donne du perdu pour du présent
et le présent n'est plus rien d'autre que l'aiguillon
de mes douleurs lancinant un inutile défi
pourras-tu vivre encore ? il le faut tu le dois
ou tu vivras mort et ne t'en prendras qu'à toi
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Le seigneur reviendra
Savez-vous où ils ont emporté mon seigneur ?
Dehors un jardinier dit doucement Marie
Elle s'avance hagarde et lui dit Rabbouni !
Ne me touche pas, fille de Magdala
La soupe sur le rond de gaz bouillonne
bulles écume débordements
parfum léger de coriandre en feuille
mon coeur se nourrit de cette humble vie
le seigneur reviendra
Ne me touchez pas moi non plus
car de même semblablement un beau jour
ce sera le matin
et je serai là
l'esprit frais le corps léger
J'irai vers toi dans la prairie
il me semble t'entendre chanter
mon premier matin à nouveau
J'irai vers toi enfant pur que je fus
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espérance
vous me recueillerez au fossé d'une route
deux feuilles d'acacia collées sur mes paupières
des herbes dans les poches; et de ses petits pieds
une souris légère aura couru sur mon visage
il sera venu une araignée plus fine encore
avec de très petits insectes pour me voir qui j'étais
vous n'en aurez rien su et vous m'emporterez
vous tendrez une dalle au dessus de mon lit
la pluie par les côtés s'infiltrera quand même
dans mon étroit vaisseau la boue me tiédira
peut-être sentirai-je encore les vers lascifs
onduler sur ma peau qui déjà parchemine
la dalle obscure et ferme à la place du ciel
rassurera mon lot
on me croira rigide (j'ai perdu en souplesse déjà)
mais comme tout à l'heure dans le caniveau
je serai occupé à détendre et lâcher
soixante dix années de muscle et de vouloir
dans l'ombre opportune et l'air raréfié
je céderai mes images une par une
elles s'envoleront minces comme des âmes
et s'en iront vaguer dans l'air luminescent
tout ce thrésor brouillon que j'avais entassé
je le rendrai enfin, las de thésauriser
mon être pur sera distillé par les sucs
et le sens de ma vie sera la vie des morts
et vous respirerez un air plus chargé d'âme
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un noël
mêlez d'eau les mélodies
enfants aux voix d'eaux vives
connivence des convives
crevette et salade
avant la balade
l'aïeul et sa panse
plein de bienveillance
sur son radeau l'enfant Ulysse
promène sa blonde malice
le jésus en cire
tette sur la paille
Marie s'affaire aux cuisines
écoutant radio divine
le chemin de la sainteté
commence à
container
variation sur un thème de Schumann
la cargaison
(nous parlions d'eau)
mauvais présage
j'aurais préféré
enfouir aux cales
l'outre de tous les vents
un vélo derrière l'habitacle
une corde à sécher mes slips
un livre quand le temps me dure
tout le reste est dans un cube de fer
j'ai mal choisi
c'est bourré comme un caveau de famille
mais Charon sûr du cubage
m'a désigné ce conteneur
vous comprenez : pas de restes
je sais, il le coulera
par mille brasses de fond
adieu ma vie entière
me voilà léger
inutile à ravir
ôte moi Charon ce volume obscène
que depuis ma péniche rien n'arrête ma vue
on sait par les journaux que le béton lui-même
n'est pas étanche aux déchets engloutis
par des trous de rouille ou de poisson-scie
ma vie s'enfuira en vermisseaux
méconnaissable inconnue des poissons
se dissipera dans l'énorme mer
tant pis les souvenirs
c'est pas fait pour garder
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