COSMOS

Heure sans livre d'heures


 

Une respiration d'iguane sur ma nuque

Un sommeil dans la jungle en pleine confiance

Comme Jésus dormant au fond de la barque

Comme au fond du bateau l'outre

Où sont les vents enfermés par Eole

 

Et le jour enfoncer les pieds dans l'herbe molle

Trous dans la terre gorgée d'eau

Se referment bientôt

Et le sentier se referme à mesure

Sur le secret de ma quête

Le jour tout ce soleil qui force le passage

Et me parvient moucheté d'ombre et presque frais

 

Un homme seul s'avance en écartant les lianes

Se courbe pour passer ressort dans la clairière

Vierge forêt je t'en prie ne finis pas

Jusqu'au soir garde moi dans la fraîcheur de l'aube

Garde pour moi une lumière égale le jour et la nuit

Egal bonheur de solitude

 

Vous m'accueillez merci je suis votre enfant

Les aras les vastes fleurs sont au plus haut étage

Les insectes plus bas que mes pieds sagaces

Et s'il plait à un fauve

S'il vous plait qu'un fauve

Ce sera donc mon jour et sa dent qui me broie

Me rend à toi ma Terre ma joie

Lacéré digéré je rejoins l'innombrable

Chaque morceau de moi si précieux se disperse

Entre les grains infinis du sable

Se défait dans la glaise la glèbe

Humble comme un chiendent fier d'être malaxé

A l'humus épais que tu fis pour les plantes ma divine!

En toi plus d'yeux plus de missions

Fini le lourd devoir d'affirmer que j'existe

De me maintenir un de tenir mon cap

D'être utile selon l'utilité des hommes

 

Pour l'heure

Je jouis de n'avoir plus d'heure

Si tu le veux accorde moi que ce dernier voyage

Soit long et chaque pas découverte et merveille

Je peux chanter aussi à voix belle

 

Très longtemps si tu veux

Pour mes mots nulle autre oreille que celle de mon cœur

Qui bat avec la vie entière

 

Tu m'as donné comme un bienfait la parole

Les animaux cachés quand je passe ne me comprennent guère

Et je ne sais pas leurs langues

Ma foi il y a place pour tout le monde

Arbres à la vie longue ou fourmis éphémères

Pas plus que je ne suis la mesure du Temps

 

Mais non ! je n'ai pas fini l'inventaire

Je ne suis pas certain de ma métamorphose

Et l'homme n'est guère qu'un des inventeurs

qu'invente le monde

Une attention surtout

Le plaisir inépuisé d'être

Se promenant dans ta beauté

 

 

 

 

                                                            Nuit de Pâques 2004

 




Article ajouté le 2009-07-01 , consulté 16 fois

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