les puissants et le royaume
Des abus locaux déjà de la sottise
Autorisés bien sûr
Cimentant les foules juste ce qu'il faut mortier maigre comme pour les tuiles, que le vent du sud envole parfois
On veut gouverner une masse inerte
Mais veille, obscène potentat, à ne pas avoir un tourteau impossible à malaxer : la méchanceté des supérieurs n'y pénétrerait plus
Rétifs rétifs
Ah ! mais il faudrait d'autres ressources ou recours que la compaction par la bêtise
Le vieux prophète juif dont on célèbre encore l'inutile martyre avait passé trois ans à forer les crânes et les nuques raides
Pour y instiller l'idée d'une
Cohésion
Amoureuse
La hiérarchie ne pouvait que trouver inacceptable
cet insidieux retournement
On le lui fit savoir
L'amour ? pas au programme
Un royaume sans roi où tous étaient des dieux électrons libres qui circulent et s'effleurent : ainsi les astres, si distants, qui font tenir ensemble la masse formidable du monde
Sourire et gentillesse sont de ces effleurements
Se faire le proche de l'autre juste le temps de lui porter secours et puis esquiver sa reconnaissance
Le couple ne peut y prétendre il tourne sur soi comme une étoile double
Le famille est une affaire mal barrée, elle enclôt un petit nombre de monades qui se ressemblent trop pour ne pas se chamailler car il y a désir à chacun de marquer sa différence
Comment exister en groupe ?
Seule l'image de ce jardin de douce danse - mais peut-on plus que de s'en délecter le rêve ? simples pourtant les règles de cette chorégraphie : passe moi le pain
Passe moi le sel de
Effleure la main qui passe, tope là, rompez ce pain mangez en tous
Le prophète avait longtemps parlé sur la montagne, à cette foule qui lui tirait compassion tant elle était pleine de brebis en quête de bergers, chiens perdus sans collier
Le soir venu, il a su qu'il ne pouvait pas les renvoyer le ventre creux ; il fit ramasser quelques pique-niques, déballa cinq pains et deux poissons, les envoya solennellement distribuer à mille personnes
Alors tous les paniers-repas s'ouvrirent chacun pour ses voisins sur le pré,
on ramassa du surplus à pleines corbeilles
Ainsi fut en actes réalisé pour une heure le royaume dont il avait parlé
Débrouillez-vous pour recommencer ça tous les jours, je ne peux pas être un berger qui vous mène derrière lui en chantant pendant que vous bêlez
Le bon berger mérite ce titre quand il fait des kilomètres pour retrouver un mouton égaré, l'arracher au buisson d'épines et sans perdre de temps se le mettre en travers de la nuque, tenant ses pattes à deux mains, comme les petits garçons aiment à le faire au sommet de leur papa.
Chaque jour il égrenait de nouvelles métaphores : le royaume est semblable à un grain de moutarde, à un père moissonneur, à une chandelle et un tonneau, car comment le définir ? et ses disciples venaient le trouver après explique nous on n'a rien compris ; la bêtise chez les hommes de bonne volonté est émouvante
Mais comment pourrait-on transformer les hommes avec leur esprit congénitalement épais ?
Aigus aigus tranchants, faisons nous ouvre-boites ou poignards. Délitons toute sottise, aussi fin que trancher un papier dans son épaisseur.
Rétifs je disais ? ou rebelles. C'est tranchants qu'il faut être, prêts à en découdre
Délitons la masse cimentée si mal par cette vase de connerie que les industries de consommation déversent à gogo à cocagne
L'air de rien tu pourfends tu désagglutines, tu mets les gens mal collés à l'état de boulettes comme du polystyrène, chacun roule, ou bien stagne là où il est chu ; l'un ou l'autre finira bien par s'ébrouer, il se sentira petit pois, il poussera un germe, il se fendra sa gueule de cotylédon
N'en faut pas plus pour qu'advienne un potager, au jardin inutile d'Eden dieu substitua un jardin potager

Commentaires