Accouplements au XVI° siècle
Peintures sans ambiguités ?
Deux peintres, peu connus du grand public, s'adonnèrent dans les années
Deux couples y sont représentés au premier plan. Un troisième personnage tout à fait à gauche est Eros, qui tient son arc quasi fiché en terre, lui-même comme inactif ou fatigué a un genou au sol. Il nous regarde pour établir, selon la tradition, le lien entre nous et les deux couples.
Couple de droite. L'homme, très bel homme, est assis sur on ne sait quoi, sous un arbre, près de son énorme tronc. Un grand manteau rouge s'étale autour de lui, on ne sait trop si, sous le manteau, il est encore vêtu, et il a posé par terre un carquois prometteur de nombreux tirs amoureux. Il est une figure du dieu de
Mais son vêtement de soldat lui garde les jambes nues, à l'exception de ses sandales militaires, et ces jambes sont largement écartées pour contenir le buste d'une femme totalement nue, plantureuse, mi assise mi couchée. Elle se laisse faire, un coude appuyé sur le genou de son partenaire. Tous deux se regardent de très près. Elle est impatiente d'amour, elle attire son chasseur d'un bras levé autour de son cou, mais elle ne semble pas vouloir prendre plus d'initiative.Elle a préalablement installé sous elle un double drap bleu et blanc légèrement rose, et n'aura plus qu'à se laisser glisser d'entre les genoux de l'homme pour se trouver étendue, telle une de ces amantes du Titien, façon "déjeuner sur l'herbe"...
L'homme d'une main tient doucement sa tête blonde, de l'autre lui titille le tétin.
Sur le tronc énorme, au-dessus de l'homme, descend un gros lézard vert et grimpe un lapin : ces deux animaux ont presque toujours un sens sexuel, qui n'a rien de gratuit : le lézard par sa forme et son agilité, le lapin célèbre pour son activité reproductrice...
Le deuxième couple, un peu plus loin, est étendu sur deux draps presque des mêmes couleurs que le premier. La femme s'accoude sur le drap jaune, clair dont on devine qu'il lui enveloppe encore un peu le bas du corps. L'homme émerge du drap bleu.
Ces deux-là, aussi conformes que les deux premeirs à une sorte de canon du couple - la femme blonde bien sûr, l'homme musclé et fort bronzé -, viennent évidemment de faire l'amour. Mais, bien loin de s'exhiber comme la vénus impudica de droite , ils se sentent seuls au monde comme les vrais amoureux, ils sont tournés l'un vers l'autre et se regardent, et sur le visage de la blonde on lit une vraie tendresse.
Comme pour ne pas nous laisser de doute, le petit Eros a déjà usé de son arc, qui est débandé et qu'il ne recharge pas. Le Mars ou chasseur, lui, a posé à terre son propre carquois, bourré comme un chargeur de pistolet, une flèche déjà à moitié sortie pour être à sa main le moment venu.
On peut interpréter cette "Allégorie" comme l'opposition ou la confrontation du désir purement sexuel (si cela existe) et de la tendresse amoureuse. On peut aussi supposer que le couple du devant, lorsqu'il sera passé à l'acte et l'auront accompli, deviendront tendres l'un pour l'autre, comme les deux autres.
L'autre tableau est signé de Paolo Fiammingo, on le voit à Vienne, au Musée d'histoire de l'art (KHM). Paolo Fiammingo, ou Paolo dei Franceschi,ou Paul Franck, Peintre flamand (Anvers v. 1540, Venise 1596). Vers
Le tableau dit "Amants" doit être daté des environs de 1580.
Amants, il en met dans son paysage pas moins de six couples, totalement nus, en train de s'exécuter selon six des différentes postures de l'amour. Tous se sont munis non seulement des draps pour éviter la piqure de l'herbe, mais de sortes de dais ou de rideaux.
A l'exception du couple au premier plan à droite, dont la femme, les fesses sur un des genoux de son amant, est en train de se faire culbuter par lui avec la dernière énergie. Elle se retient d'une main sur le sol (l'autre n'est pas visible) et tourne ou tord la tête vers lui (figure dite "contrapposto") pendant qu'il lui baise l'épaule.
L'autre couple de premier plan se prépare plus simplement à la posture dite du missionnaire, que l'on voit exécutée par d'autres, plus loin en haut à droite, et qui, pendant les siècles classiques, fut toujours pratiquée avec le buste de la femme soulevé par des oreillers. La femme, oblique, a les jambes encore jointes, et elle tire, avant de passer aux choses sérieuses, un voile bleu pour les abriter des regards sans doute, voile qui est donc à la fois le drap et le dais. Cela l'oblige à détourner la tête vers sa main à rideau, il n'y a donc aucun échange de regard chez les amants. L'homme, musclé et assez bronzé, lui tient tranquillement l'autre main, comme s'ils dansaient la valse, tandis que son bras gauche lui enlace le buste, toujours avec une certaine douceur. Son visage n'exprime ni sentiment affectueux, ni désir impétueux, rien. Il est à sa besogne. Son regard inexpressif est dirige vers la gorge de la femme, dont il est fort près.Celle-ci est impudiquement offerte à notre regard, de façon frontale, comme certaine Vénus alanguie dans la Bacchanale des Andriens (Titien).
Le contraste d'esprit entre ces deux œuvres est encore plus flagrant que la différence de style, celui de Garofalo, bien qu'on les dise tous deux influencés par les grands Vénitiens. C'est une sorte de règle tacite dans cette école de peinture, que l'on ne sache jamais à priori jusqu'à quelle profondeur ou mystère elle va nous conduire.

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