Fouquet : la Vierge au sein nu
La Vierge au sein nu de Fouquet

Le corps de cette femme, le bébé, le manteau sont incroyablement blancs, ce qui les constitue en un sous-ensemble du tableau. La jeune femme est couronnée, c’est donc
Il est dans son monde déjà, comme tous les gens qu’on peint de profil.
Plus grand, lorsque ses parents l’auront perdu au Temple et retrouvé au bout de trois jours, il leur dira, du haut de ses douze ans : « Ne saviez-vous pas que je dois être aux affaires de mon père ? » - et à ce père, il nous faut mettre une majuscule, bien sûr.
La mère reine qui trône sert de trône à son enfant. Le sein sphérique a déjà la forme du globe terrestre que portera l’enfant lorsqu’il sera devenu roi du monde.
Dans cette sphère on peut voir aussi le modèle de la tête du bébé, et même de toutes les têtes d’angelots qui entourent le trône. Eux, ils sont faits de matière bleue ou de matière rouge, comme les Chérubins et les Séraphins dans les images de cette époque. Et puis le trône est garni de franges, dans le dossier et autour de quatre boules emperlées comme la couronne de Marie, sortes de couronnes fermées autour d’une pure sphère de pierre noire polie comme du verre.
Les regards des angelots sont dirigés vers l’enfant ou vers le visage (d’une exquise finesse) de Marie - sauf un rouge, tout près du sein laiteux, qui nous regarde, pour établir le lien entre nous et la vision, selon un procédé qui fera fortune au XVII° siècle (Zurbaran ou Le Nain).
Que veut dire ce tableau tricolore ? Il ne montre pas la scène, pittoresque, touchante, si humaine, de l’allaitement. Cela n’est pas une scène.
Ici le Sein est proposé, exposé comme une donnée théologique.
On lit dans l’Evangile que quelqu’un s’exclama un jour, au passage de Jésus : « Bienheureux le sein qui t’a porté, bienheureuses les mamelles que tu suças ! » Le tableau transcrit en formes et en couleurs cette béatification.
Ce tableau, cette icône plutôt, est fait à une époque où l’on appelle Marie « Notre Dame ». C’est une reine par conséquent. Et son enfant sera roi. Ce sein a toutes raisons d’être montré, magnifique, à notre vénération. Mais seulement à un titre : il a servi a faire grandir le bébé humain Jésus. Si celui-ci est divin, il tient sa divinité du Dieu Père.
La saga de Marie ne commence pas (je parle iconographie) dans la scène de Noël, ni dans la fuite en Egypte où l’on montre la mère allaitant son bébé. Tout cela pourrait renvoyer à n’importe quelle maman, à n’importe quel bébé.
Fouquet inaugure. La mère n’est pas saisie en fonction d’allaiter. Elle tire toute sa majesté du fils qu’elle tient sur ses genoux, avec une distance qui s’oppose parfaitement à la connivence que nous montrent tant d'autres peintres de madones. Son sein en tire sa magnificence presque hyperbolique, sa transformation en sphère, figure de géométrie absolue, et qui ne cherche pas à avoir ressemblance avec les mamelles même les plus fermes. Elle est une mère transfigurée parce que ce bébé se révèlera être divin d’origine.
Article ajouté le 2008-04-28 , consulté 36 fois
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